L’Eglise est-elle une secte qui a réussi ?

Pour certains, l’assimilation de l’Église à une secte est une erreur grossière ; pour d’autres, au contraire, l’équivalence s’impose. Dans la première saison de The Young Pope / The New Pope, vu les comportements du pape Pie XIII, on se le demande sérieusement, notamment pour les interférences entre ses confessions et son gouvernement de l’Eglise… Alors, l’Église serait-elle une secte qui a réussi ? La réponse du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules – qui a voté au précédent conclave, mais pas pour Pie XIII – extraite du livre 100 questions sur l’Eglise dirigé par Emmanuel Pisani.  

Emmanuel Pisani : L’Eglise propose-t-elle une définition du mot secte ?

Cardinal Philippe Barbarin : C’est un mot piégé car il a une connotation extrêmement négative. Si on l’identifie à des critères objectifs comme la capacité à pouvoir disposer de son temps, de son corps ou de son argent, alors on risque fort de conclure que les religieux qui font vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance sont manifestement entrés dans une secte.
À mes yeux, ces critères sociologiques ne sont donc pas suffisants. Ils ne sont pas assez affinés car ils ne tiennent pas compte des motivations spirituelles qui déterminent le choix des jeunes dans l’accomplissement de leur vocation.
En s’appuyant sur des critères uniquement sociologiques, on méconnaît la puissance de la charité, d’un amour de feu capable d’aller jusqu’à la folie. Lorsqu’un homme dit à sa femme : « Tout ce que je suis est à toi; mon corps est à toi, mon argent est à toi. Tout mon amour, tout mon cœur, je te les donne, nous faisons une seule chair, parce que Dieu nous a unis », peut-on en conclure que leur mariage est vécu comme une aliénation ? Si ce mariage est vécu dans la ligne de ce qu’enseigne l’Évangile, comme une offrande d’amour et un acte de Dieu en eux, il n’est pas question d’« aliénation » mais de don de soi à l’autre.
Il faut bien voir que c’est la même logique d’amour et de don de soi qui est à l’œuvre lorsqu’une jeune femme ou un jeune homme désire consacrer leur vie à Dieu.

E.P. : Du point de vue étymologique, le mot secte vient du latin secare qui signifie « couper ». En ce sens, il est vrai que le christianisme « s’est coupé » du judaïsme. N’est-il pas alors une secte juive ?

P.B. : À l’époque de Jésus, certains juifs ont reconnu en lui le Messie qui devait venir. D’autres ont vu en lui un imposteur. Il s’en est suivi une cassure et la naissance d’un groupuscule que l’on a nommé les Nazoréens (cf. La Bible, Actes des Apôtres, 24, 5 et 14). Toute la question est de savoir pourquoi ce groupuscule a réussi. Or il a réussi parce que ses membres avaient un dynamisme, un panache ou plutôt un charisme extraordinaire. Saint Paul, malgré sa fragilité, avait une énergie et une foi à déplacer les montagnes. Relisons l’argumentation de Garnaliel dans le livre des Actes des Apôtres. Le contexte historique est celui de la condamnation des disciples de Jésus, mais Garnaliel avertit les membres du Sanhédrin (Assemblée législative traditionnelle d’Israël et son tribunal suprême, ndlr.) :

« Hommes d’Israël, faites bien attention à la décision que vous allez prendre à l’égard de ces hommes. Il y a quelque temps, on a vu surgir Theudas. Il prétendait être quelqu’un et quatre cents hommes environ s’étaient ralliés à lui. Il a été tué et tous ses partisans ont été mis en déroute et réduits à rien. Après lui, (…) on a vu surgir Judas le Galiléen qui a entraîné derrière lui une foule de gens. Il a péri, lui aussi, et tous ses partisans ont été dispersés. Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis, ne vous occupez plus de ces gens-là, laissez-les. Car si leur intention ou leur action vient des hommes, elle tombera » (Actes 5, 35-38).

Au fond, maintenant que Jésus est mort, il va de soi que l’action de ses disciples va perdre en intensité, elle va s’essoufler d’elle—même. Et Gamaliel énonce l’argument décisif à ses yeux :

« Si leur action vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu » (verset 39).

Quand on se demande si l’Église est une secte qui a réussi, il faut s’interroger sur ce verbe réussir : dans la bouche de Gamaliel, qui n’est pas très courageux mais cependant inspiré par la foi, « une secte qui a réussi », c’est un groupe qui a commencé comme ceux de Theudas ou de Judas le Galiléen, mais qui a fini par durer, franchir les obstacles. Il y a dans cette réussite une expression de la volonté de Dieu.

Pour Gamaliel, les événements parlent deux-mêmes, ils disent a posteriori que l’Église n’est pas une secte. Puisque l’annonce de Jésus comme Messie, Maître et Sauveur s’est répandue dans le monde entier, il est une conséquence qui s’impose à nous : cette communauté est voulue par Dieu.

Le cardinal Voiello (Silvio Orlando) dans The Young Pope
Le cardinal Voiello (Silvio Orlando) dans The Young Pope / The New Pope : l’homme cet homme fait-il partie de la mafia-secte vaticanesque ?

E.P.: Lorsque l’on parle de secte, on imagine non loin un gourou qui exerce un pouvoir psychologique fort et qui manipule les adeptes du groupe. Vous nous parliez du panache de Saint Paul. Le panache de Jésus qui attire à sa suite les douze apôtres n’est-il pas une forme de magnétisme qui peut rappeler celui des gourous ?

P.B.: Il est sûr que Jésus avait un impact psychologique sur ceux qui le côtoyaient. Il était fascinant, il attirait à lui les foules et les interpellait :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau » (Evangile de Matthieu, 11, 28)

L’aura et le rayonnement de Jésus sont indéniables même s’ils ne suffisent pas à rendre compte de son oeuvre. Aujourd’hui, si l’on assistait à une scène comme celle de l’Evangile de Jean 7, 37: « Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi!” », on l’accuserait de manipuler les foules.

Et pourtant, ce serait un peu rapide ! Bien d’autres hommes ont un charisme extraordinaire, par exemple des hommes politiques ou des artistes, sans être pour autant considérés comme des gourous. Rappelez—vous : quand vous étiez élève ou étudiant, vous avez été fasciné par certains professeurs qui vous ont réconcilié avec leur discipline ou peut-être même vous ont passionné pour elle. Je crois que le charisme qui apporte la lumière à une intelligence et la joie à un cœur n’a rien de mauvais. Toute la question est de savoir si l’on fait bon usage de ce charisme. Est-on en train d’assujettir une personne, de mettre la main sur elle pour se l’approprier ? Ou au contraire, l’aide-t-on à trouver le chemin de sa liberté, à se mettre dans la main de Dieu pour déployer toutes ses richesses ? Regardez saint Bernard entraînant ses amis et plusieurs membres de sa propre famille dans la générosité de sa vocation: son but était de les mettre tous dans la main de Dieu. La grande difficulté pour les chrétiens, lorsqu’ils veulent dialoguer avec la société civile, c’est que celle-ci pratique une analyse des fonctionnements sociaux ou psychologiques en faisant abstraction de toute dimension spirituelle.

E.P.: Certes, mais cet argument pourrait aussi être tenu par Gilbert Bourdin, le fondateur de la secte du Mandaron, ou encore Claude Vaurillon, le fondateur du mouvement des Raëliens!

P.B.: On doit mentionner ici le rôle de l’Église. Les fondateurs ne sont pas seuls, sans régulation. Il y a les évêques, et le pape, successeur de Pierre (— même si, bon, dans The Young Pope, on ne confierait pas à Pie XIII un tel discernement… -ndlr). Ainsi, lorsque saint François, que nous qualifierions aujourd’hui de charismatique, entraîne de jeunes frères derrière lui, obéissant à l’Église, il va rencontrer le pape Innocent III et se soumet à son jugement. Cela signifie que l’Église exerce un discernement. Par exemple, une « boule de feu » comme sainte Thérèse d’Avila devra attendre près de vingt ans avant de pouvoir réformer le Carmel, parce que tout le monde était contre elle. Convaincue qu’elle avait reçu un appel de Dieu, elle a dû en retarder la réalisation et faire preuve de patience. Il est clair qu’elle a exercé l’influence de ce que l’on appellerait aujourd’hui un gourou, mais elle est toujours restée dans l’obéissance à une norme qui était au-dessus d’elle. Tel n’est pas le cas, par exemple, du Mandaron, ni de Raël, ni de Moon, qui sont, pour eux—mêmes, la norme suprême.

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Quelle musique Dieu écoute-t-il ?

La première image de la série The Young Pope

Première image officielle de la série The Young Pope / The New Pope (photo ci-dessus) : on se demandait si le pape Pie XIII n’était pas en train d’écouter de la musique…

La bande-son électro-rock de la série The Young Pope / The New Pope fait l’unanimité et apporte beaucoup au rythme de la série. Pie XIII, d’ailleurs, qui cite cite Daft Punk, aime beaucoup écouter de la musique : lorsqu’une ministre d’un pays scandinave lui offre un vinyle, il s’empresse de demander à l’écouter… Contrairement à ce qu’on pourrait penser, d’ailleurs, les papes peuvent tout à fait être musiciens (Benoît XVI jouait du piano). Et Dieu, quelle musique écoute-t-il ? La réponse de Paul Clavier, philosophe normalien, dans son livre 100 questions sur Dieu.

Selon une légende propagée par le théologien suisse Karl Barth, Dieu, sur son trône, écoute (religieusement) les cantates de Jean—Sébastien Bach, interprétées par le chœur et l’orchestre des anges du paradis. Mais lorsque les anges sont entre eux, au cours des répétitions, ils se mettent à jouer du Mozart, et Dieu écoute à la porte.

Cet apologue traduit une intuition sur la personnalité de Dieu, très révélatrice de nos attentes humaines. En public, Dieu aime la majesté, la gloire, la solennité. En catimini, il goûte la frénésie mélancolique de Wolfgang… Amadeus. D’un côté, nous reconnaissons aisément la grandeur et la puissance de Dieu, et seule une « grande » musique semble alors à la hauteur. Mais nous tenons également à un Dieu sensible, capable de s’attendrir.

Nous imaginons sans peine Dieu à l’aise dans le Messie de Haendel et dans le chœur final de la « Neuvième symphonie » de Beethoven, où il est d’ailleurs évoqué sans détour :

« Frères, par-delà la tenture des étoiles doit habiter un père chéri. Vous prosternez-vous, milliards de créatures ? Monde, pressens-tu ton Créateur ? »

On peut également penser à la « Neuvième symphonie » de Bruckner, dédiée à Dieu, et qui propose un véritable trip métaphysique à l’auditeur emporté vers des horizons mystiques. Mais pourquoi Dieu ne se réjouirait pas d’une simple comptine qui chante la vie, les saisons, l’amour ou la nature ? Il n’est même pas exclu que Dieu aime la musique métal, à condition toutefois qu’elle célèbre l’énergie de la création, et non le plaisir douteux de la destruction.

Conclusion : c’est pareil pour The Young Pope / The New Pope, Dieu peut aimer la bande-originale, à condition toute fois qu’il ne s’agisse pas se servir l’entreprise de destruction massive d’un pseudo-pape Pie XIII revanchard et sournois, pour ne pas dire pervers… Allez, on vous met un lien vers la playlist de la BO de The Young Pope.

 

Pour aller plus loin :

Humour et dérision, quelle différence ?

Le pape Pie XIII, dans The Young Pope, reçoit un kangourou en cadeau. Il le libère dans les jardins du Vatican… humour, ou dérision ?

Dans la série The Young Pope, on a souvent bien du mal à distinguer ce qui est drôle de ce qui est de la dérision à l’encontre de l’Eglise, du pape et des catholiques. C’est particulièrement le cas pour l’attitude « machiavélique, vitupérante, cassante, autoritaire, caractérielle » de Pie XIII, pour reprendre les mots du magazine Pèlerin. Alors, peut-on rire de tout ? Quelle est la différence entre humour et dérision ? La réponse du Père Guy Lescanne, théologien et sociologue, librement tirée et adaptée de son livre Petit vocabulaire de Dieu paru aux Editions Salvator.

Peut-on rire de tout ?

Pour ne pas trop vite répondre en me laissant enfermer dans l’air du temps, je formule une première hypothèse : n’y aurait-il pas aujourd’hui trop de dérision… et pas assez d’humour ?

Je ne joue pas sur les mots, surtout quand je pressens qu’il est un mot qui a un bon goût de Dieu, et un autre qui a le mauvais goût du Malin. Il me semble, en effet, que nous soufrons aujourd’hui d’une trop grande confusion entre humour et dérision. Une telle confusion peut être grave. Quand tout peut, d’une manière ou d’une autre, être objet de dérision, il est bien difficile de vivre ensemble.

Qu’il est difficile, pour ne citer que deux exemples, d’oser nouer des relations simples et vraies ou encore de s’exposer dans une prise de responsabilités, quand de telles attitudes font trop systématiquement l’objet de railleries… On peut le vérifier bien souvent, trop souvent, dans notre société médiatique. Mais ce peut être vrai aussi dans l’Église du Christ.

Humour et dérision, deux faux frères

Beaucoup de jeunes, entre autres, sont très vulnérabilisés dans leur capacité à prendre des responsabilités, par cette confusion entretenue entre ces deux « faux frères » que sont l’humour et la dérision, confusion qui menace de freiner, voire de paralyser, bien des engagements. Quel jeune va pouvoir aujourd’hui envisager sereinement de s’engager dans le domaine politique – par exemple – quand la moquerie, dans les médias et ailleurs, vient jeter la suspicion sur toutes celles et ceux qui prennent de telles responsabilités ? (— Y compris au Vatican, ndlr.)

On pourrait poser la même question, pour les vocations, sur les conséquences d’une trop fréquente dérision médiatisée sur l’Eglise en général, et sur les religieuses, les religieux et les prêtres en particulier. Ici comme ailleurs l’humour pourrait faire le plus grand bien, alors que la dérision fait le plus grand mal.

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Le t-shirt de soeur Mary, bras droit du pape, porte l’inscription “je suis vierge mais c’est un vieux t-shirt”. Humour… ou dérision ?

Des points de repère

Je me permets alors de proposer tout d’abord quelques points de repère pour mieux faire la distinction entre l’humour et la dérision et — pourquoi pas ? — mieux réagir.

L’humour instaure ou favorise une prise de distance critique. L’humour est critique, non au sens de dénigrement, mais de discernement. Il invite à voir plus grand et plus loin. Il réussit à marier bienveillance et lucidité. Dans un sens, il est profondément juste, car, avec le sourire, il met chacun à sa place.

C’est ainsi qu’il vise au moins autant celui qui le manie (l’auteur d’un propos plein d’humour), que celui qui le reçoit (son destinataire), et que celui qui en est l’objet (sa cible). L’humour appelle le plus souvent à une saine humilité. En ce sens, les meilleures blagues sont souvent celles où l’on est en capacité de rire de soi-même !

Finalement, nous venons tous de l’humus, tel Adam le terreux. Aujourd’hui comme hier, je suis convaincu, en effet, qu’en nous rappelant que nous sommes humains, l’humour contribue à nous humaniser. Nous manquons vraiment trop souvent d’humour ! Bienheureux ceux qui savent rire d’eux—mêmes, ils n’ont pas fini de s’amuser ! L’humour est plaisant, et il lui arrive même d’être profondément humanisant.

Quitte à me voir reprocher de ne pas être assez « large », de manquer d’ouverture et d’avoir bien des œillères, je poursuis en affirmant que la dérision n’est sûrement pas à mettre à la même enseigne. C’est même l’inverse. En effet, la dérision cherche d’abord l’humiliation de celui, de celle ou de ceux qu’elle vise. La dérision abaisse sa victime. Elle traîne sa proie « plus bas que terre », en lui faisant « mordre la poussière ». La dérision est déplaisante. Et il lui arrive même d’être profondément déshumanisante. Si l’humour permet de prendre de la distance, ne serait-ce qu’en nous permettant de ne pas nous prendre trop au sérieux, la dérision produit l’effet contraire. Elle colle à la peau de celui qu’elle prend comme souffre-douleur.

Je soutiens que la dérision interdit toute prise de distance en enfermant les personnes dans l’ironie. Elle est vite complice du mépris. Elle est souvent cynique. Pensons, par exemple, à certains propos blessants que l’on peut tenir sur des groupes de personnes d’une autre culture ou d’une autre religion… ou même d’une autre « sensibilité religieuse » au sein d’une même Eglise, alors même que les personnes incriminées ne sont pas là pour se défendre, ou pas assez « en force » pour réagir devant un auditoire habilement monté contre elles. (— Nous pensons ici à la puissance médiatique des séries TV face aux petites minorités créatives que nous sommes : c’est un peu David contre Goliath, ndlr.)

Je pense, entre autres ici, aux mauvaises blagues explicitement, ou pire, insidieusement racistes contre les juifs, les musulmans (— on pense aux caricatures sur Mahomet, ndlr) ou bien d’autres.

Il me semble qu’il est un peu facile alors de ne faire porter le chapeau qu’aux médias. Nous avons tous notre part de responsabilité dans une telle confusion entre l’humour et la dérision. (— Annonçons-nous assez l’amour du Christ par ces mêmes médias et Internet ? -ndlr.)

Attention, la Parole de Dieu entre dans le débat !

Je prolonge en vous proposant quelques références bibliques, non d’abord pour étayer mes analyses, mais surtout pour mieux nous laisser « interpeller » par la parole de Dieu (— cette belle lettre d’amour de notre Père céleste, ndlr), pour lui donner d’entrer dans le débat. Comment discerner « évangéliquement » que l’on est bien en train de faire de l’humour et que l’on n’est pas sur la pente de la dérision ?

Il y a tout d’abord cette lame de fond de la Révélation attestée dans les deux Testaments: ce qui vient de Dieu élève et libère l’homme, alors que ce qui vient du Mauvais rabaisse et enferme.

Si l’on peut, dès lors, vérifier que des propos humoristiques contribuent â faire grandir, d’une manière ou d’une autre, ceux qui en sont les auteurs comme ceux qui en sont les objets, il ne m’étonnerait pas qu’ils puissent être comptés au nombre des mots inspirés par Dieu. En revanche, si l’on peut constater que des propos dérisoires abîment l’homme, ils sont alors des maux â mettre sur le compte du Mauvais.

Il me semble aussi que l’enseignement de Jésus sur la reconnaissance des arbres à leurs fruits nous met sur une très bonne piste.

« Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit malade et pas davantage d ’arbre malade qui produise un bon fruit. Chaque arbre, en effet, se reconnaît au fruit qui lui est propre (…). L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire le bien et l’homme mauvais, de son mauvais trésor, tire le mal ; car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. » (La Bible, Evangile de Luc, 6, 43-45).

Invité à plus de lucidité sur les « fruits » de ce que « dit ma bouche », j’accueille alors comme un complément à l’enseignement du Christ ce que Paul nous révèle sur « les fruits de l’Esprit » :

« Voici les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi. » (La Bible, Lettres aux Galates, 5, 22-23)

Et nous voilà alors mieux armés pour prendre personnellement et ensemble (oui, avec vous, internautes de passage ! – nldr) le chemin de conversion dont notre monde a tant besoin.

Pour « avoir de l’esprit », laissons l’Esprit nous habiter !

Celui qui aspire à devenir le disciple du Christ a, en effet, dans l’enseignement de Paul, je crois, des critères aussi simples que forts pour faire un bon discernement, pour éviter de confondre humour et dérision, pour avoir de l’esprit sans faire du mauvais esprit. Afin de ne pas être trop long (!), j’ai regroupé les fruits cités dans l’épître aux Galates deux par deux pour relire tout simplement nos manières de plaisanter :

1er groupe de fruits : la bonté et la bienveillance

Si je peux vériier que mes blagues – ceci dit sans mièvrerie – respirent la gentillesse, si je peux vérifier qu’elles permettent de mieux apprécier et faire apprécier ceux qui en sont l’objet, si nous pouvons vérifier que nos rires nous donnent d’exprimer un peu de la bonté qui nous habite, cela risque fort d’être de l’humour, à saveur évangélique.

Certes, Dieu seul est bon, mais ne sommes-nous pas créés à son image comme à sa ressemblance ? En revanche, quand nos blagues et nos rires séparent, déprécient, et parfois même excluent certains, à commencer par les plus petits et les plus fragiles, on est, me semble-t-il, sur la pente d’une dérision malveillante, et donc fort peu évangélique (— même pour une série TV, ndlr).

2eme groupe de fruits : la maîtrise de soi et la patience

Si je peux vérifier que mes blagues contribuent, même modestement, à dépasser un énervement maladroit, si l’on peut vérifier que nos rires nous appellent à une humble patience pour les autres comme pour nous-mêmes, cela risque fort d’être de l’humour, à saveur évangélique. En revanche, quand nos blagues et nos rires réveillent des instincts dont nous ne savons pas garder la maîtrise (je pense à la sexualité, mais aussi à la violence ou à la rancune) ou attisent des impatiences vis-à-vis de nous-mêmes ou vis-à-vis d’autres, à commencer par les plus petits et les plus fragiles, on est, me semble-t-il, sur la pente d’une dérision là aussi fort peu évangélique (— bon, inutile ici de se demander si The Young Pope flatte nos bons ou mauvais instincts !… -ndlr).

3eme groupe de fruits : la foi et la joie

Si je peux vérifier que mes blagues sont au service de la vérité, et d’une vérité qui humanise sans écraser parce qu’elle donne d’être paisiblement heureux d’y voir plus clair (— le ciel s’assombrit un peu pour l’Eglise avec The Young Pope, non ?), si nous pouvons vérifier que le rire déclenché ou le sourire suscité rend chacun simplement heureux, ne serait—ce que parce qu’ils aident à ne pas « se prendre la tête », ou se prendre trop au sérieux, cela risque fort d’être de l’humour, à saveur évangélique. En revanche, quand nos blagues et nos rires nous mettent au service du mensonge, quand ils contribuent, même « à petite dose », à déshumaniser en donnant de l’eau au moulin de ceux qui pensent qu’on ne peut plus croire en rien ni faire confiance à personne (et surtout pas au pape ou à l’Eglise, ndlr), on est, me semble-t-il, sur le terrain d’une triste dérision… là encore fort peu évangélique.

4° groupe de fruits : la paix et la douceur

Si je peux vérifier que mes blagues nous mettent, moi et mes auditeurs, bien simplement dans la paix, une vraie paix qui unifie nos vies en douceur, cela risque fort d’être de l’humour, â saveur évangélique. L’humour est plein de douceur, même quand il est rude, au sens où il laisse un bon goût dans la bouche. En revanche, quand nos blagues et nos rires jettent le trouble dans nos cœurs comme dans nos intelligences, en nous endurcissant illusoirement, on est, me semble-t-il, sur le terrain d’une dérision fort peu évangélique. Et on a bien raison de dire qu’il est des blagues qui sont de mauvais goût ! (— Et ce n’est malheureusement pas ce qui manque dans The Young Pope… ndlr.)

Humour rime avec amour!

Mais, au final, c’est même peut-être plus simple encore. Ne compliquons pas les choses. Le fruit, le premier fruit de l’Esprit, c’est l’amour ! Puissions-nous alors être pleins d’esprit ! (d’Esprit ?)

« Et par-dessus tout, revêtez l’amour. C’est le lien parfait. » (La Bible, 1ère lettre de Saint Paul apôtre aux Colossiens, 3, 14)

Mon humour contribue—t-il, même bien petitement, à bâtir un monde où l’amour ne cesse d’être mis à la première place ? Alors, non, on ne peut pas rire de tout ! Et sûrement pas de ce qui rend l’amour dérisoire.

Qui était réellement Pie XII ?

Pie XII
Pie XII
Pie XII écrit un de ses messages radios de Noël à la machine à écrire. Aucune similitude avec le Pie XIII de The Young Pope, si ce n’est l’habit…

Dans The Young Pope, on parle peu de Pie XII, si ce n’est pour affirmer qu’il était conservateur. Mais qui était réellement ce pape ? La réponse d’Ivan Gobry, auteur du Dictionnaire des papes, paru en 2013 aux éditions Pygmalion.

PIE XII – Eugenio Pacelli (Rome, 1876 – Castelgandolfo, 1958)
260e pape (1939-1958) – successeur de Pie XI.

Né à Rome le 2 mars 1876, il est le fils de Filippo Pacelli, doyen des avocats du Consistoire pontifical. Il entre en 1894, après ses études secondaires, au collège romain Capranica, comme clerc externe, puis à l’Athénée pontifical Saint-Appolinaire,  pour ses études de théologie. Ordonné prêtre le 2 avril 1889 par Mgr Cassetta, patriarche d’Antioche, il est reçu au doctorat in utroque jure (droit canon et droit civil) et au doctorat de théologie. En 1902, il est nommé professeur de droit canon à l’Apollinaire. Le cardinal Varnnutelli lui ouvre en 1905 les portes de la Secrétairerie d’État, où il franchit les degrés de l’administration. Ensuite, la promotion est rapide : en 1912, Pacelli est pro-secrétaire d’Etat, en 1914 secrétaire d’État de Pie X. Il a trente-huit ans. Il demeure dans ce poste durant le pontificat de Benoît XV. En 1917, Pacelli est nommé nonce apostolique à Munich et archevêque titulaire de Sardes. Il négocie alors plusieurs concordats : avec la Lettonie (1922), la Bavière (1924), la Pologne (1925), la Roumanie (1927), la Prusse (1929). Nommé en 1929 comme cardinal secrétaire d’État par Pie XI, il signe en 1933 un concordat avec Hitler, devenu chancelier de la République de Weimar. Ce gouvernement ne respectant pas l’accord souscrit, Pacelli lui adresse cinquante-cinq notes de protestation.

En 1938, à la suite de l’Anschluss, il réclame au cardinal Innitzer, archevêque de Vienne, de rédiger une déclaration contre l’invasion de l’Autriche par l’Allemagne. Pie XI étant mort le 10 février 1939, le conclave se réunit le 1er mars. Pacelli est élu dès le lendemain et prend le nom de Pie XII.

Un pape… bavard ! (40 encycliques)

Il choisir pour secrétaire d’Etat le cardinal Maglione. L’Europe venait de s’engager dans la Seconde Guerre mondiale. Le pape la dénonça dans sa première  encyclique, Summi puntificatusles merveilleux desseins du Seigneur » – 20 octobre 1939), condamna l’agression de l’armée soviétique contre la Finlande (26 décembre 1939), dénonça par Radio Vatican les atrocités commises par les armées allemandes en Pologne. Le 11 mars 1940, Pie XII protesta auprès de Ribbentrop contre le traitement des juifs en Allemagne, le 25 décembre 1941, à 1a radio, contre les persécutions raciales, le 2 juin 1943, contre les « mesures d’extermination », le 26 juin 1943, contre « la distinction entre les juifs et les autres hommes ».

Après la guerre, ce fut le communisme que le pape dut affronter. En 1948, le cardinal Mindszenty, primat de Hongrie et Mgr Stepinac, archevêque de Zagreb, furent Juges et emprisonnés par des États communistes. Le 1er juillet 1949, les persécuteurs
furent excommuniés.
Pie XII a proclamé le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie (constitution apostolique Munificentissemus Deus – « Dieu bienfaisant », 1er novembre 1950). Il a canonisé Gemma Galgani (1940), Louis-Marie Grignion de Montfort (1947), Catherine Laboure (1947), Jeanne de France (1950), Maria Goretti (1950), Pie X (1954).

Un précurseur

Il armonça la découverte, après de savants travaux archéologiques, de la tombe de saint Pierre, sous l’autel majeur de la basilique Saint Pierre (23 décembre 1950).

Il publia les encycliques Mediator DeiDieu médiateur », 20 novembre 1947) sur la liturgie, et Mirando prorsusLes merveilleux progrès techniques »  – 8 septembre 1957) sur les moyens de communication.
Pie XII mourut le 9 octobre 1958 à Castelgandolfo, résidence d’été des papes, après un pontificat de dix-neuf ans et sept mois. Il fut inhumé dans les grottes vaticanes, près de la chapelle ad caputaux pieds »), qui touche à la tombe de saint Pierre. Sa cause de béatification est à l’étude. Son successeur fut Jean XXIII.

Le Vatican est-il riche ?

L'exubérance de Pie XIII tranche avec la simplicité du pape actuel..

L’exubérance de Pie XIII (Jude Law), dans The Young Pope / The New Pope, tranche avec la simplicité du pape actuel, qui reçoit des SDF au Vatican…

Parlons gros sous : le Vatican est-il riche ? Pas tant que ça, détrompez-vous : voici un détail de son budget, dépenses et recettes, d’après Théo, l’encyclopédie catholique pour tous (édition 2009).

Les budgets du Vatican

L’organisation interne du Vatican se subdivise en deux types de services : ceux qui assurent le fonctionnement interne de la Cité du Vatican et ceux qui contribuent au gouvernement de l’Église universelle. L’organisation financière se fait en deux budgets distincts, auxquels il faut ajouter le budget des missions qui est totalement indépendant.

Le budget du Saint-Siège

Ses dépenses ont trait à tout ce qui concerne le gouvernement de l’Eglise universelle. Elles comportent en premier lieu, les traitements et retraites du personnel concerné (en 2007, 2748 personnes, depuis les secrétaires jusqu’aux cardinaux de la Curie ; soit 778 ecclésiastiques, 333 religieux, 1637 laïcs – dont 425 femmes – auxquels il faut ajouter 929 retraités).

Les dépenses comportent, en second lieu, les frais de fonctionnement et de déplacement (on compte de nombreuses rencontres internationales chaque année). En 2007, le montant total de dépenses était de 245,8 millions d’euros, contre un montant total de recette de 236,7 millions d’euros, soit un déficit de 9 millions d’euros (après trois années de gains des exercices antérieurs).

L’activité institutionnelle du Saint-Siège, secrétairerie d’État, congrégations, conseils, tribunaux, synodes et autres organismes, ne produit aucun bénéfice.

Le budget du Saint-Siège comprend également les frais des nonciatures apostoliques et des représentations pontificales sur les cinq continents auprès des organisations internationales, qui sont au nombre de 178.

Lorsque Jean-Paul ll est devenu pape, il n’y avait que 77 représentations diplomatiques du Saint-Siège. Cette augmentation est liée notamment au développement des relations entre les États, aux voyages du Saint-Père et aux nouveaux pays d’Europe de l’Est. Ce développement pèse sur le budget du Saint-Siège.

Certaines institutions rattachées au Saint-Siège présentent un déficit structurel : Radio Vatican (367 salariés) et le journal officiel du Vatican, L’Osservatore Romano (117 salariés) qui n’ont aucun soutien publicitaire (et pour cause).

En revanche, la Typographie, la LEV (maison d’édition vaticane — 114 salariés) et le CTV (centre de télévision vaticane — 20 salariés) sont bénéficiaires.

La contribution des diocèses en 2007 s’est élevée à 18,7 millions d’euros. Les plus gros contributeurs étant : l’Allemagne (31,5 %), les États-Unis (28,3 %), l’Italie (18,9 %) et l’Autriche (3,7 %).

Le denier de Saint-Pierre (contribution des fidèles) a permis de recueillir près de 50,8 millions d’euros en 2007 (contre 74,6 millions d’euros en 2006). Les pays les plus contributeurs sont : les Etats-Unis (28,3 %), l’Italie (13%), l’Allemagne 6,1%), I’Espagne (4,1 %) et la France (3,7 %).

Habituellement, le saint-père destine le Denier à des interventions caritatives en faveur des populations de divers pays du monde frappes par des catastrophes, au soutien de nombreuses initiatives des communautés ecclésiales du tiers-monde et à aux Églises locales les plus pauvres.

Le Gouvernorat de la cité du Vatican

Le bilan économique de la Cité du Vatican, qui comprend ses musées et ses services propres comme toute ville (de la pharmacie au supermarché), est indépendant de celui du Saint-Siège. Le Gouvernorat a en charge l’entretien et la restauration des bâtiments et musées situés dans l’enceinte du Vatican, le financement de la Garde suisse, de la Gendarmerie pontificale, ainsi que les traitements et retraites du personnel de ses services propres (900 retraités et environ 1 700 salariés :
ouvriers, pompiers, gardes, employés de la poste vaticane, gardiens, etc.).

L’accès au magasin hors taxes est réservé au personnel et l’organisation médicale gratuite, avec un très faible ticket modérateur, améliorent le niveau de vie.  L’Association des employés laïcs du Vatican (ADLV) joue le rôle de syndicat.

Les recettes du Gouvernorat de la Cité du Vatican proviennent principalement des ventes de timbres, de monnaies de collection et des entrées des musées. En 2007, ce budget est positif de 6,7 millions d’euros, contre 21,8 millions d’euros pour l’exercice 2006. Le Gouvernorat couvre aussi la moitié du déficit de Radio-Vatican (12,2 millions d’euros en 2007).

Le Gouvernorat fait appel au mécénat pour de grosses dépenses, comme la restauration de la chapelle Sixtine, qui a été financée par une chaîne de télévision japonaise.

Pour aller plus loin :

Quelle est la place de l’Eglise catholique dans le monde ?

L'élection d'un nouveau pape, un évènement planétaire transformé ici en scène machiavelique...

L’élection d’un nouveau pape, Pie XIII (photo ci-dessus), un évènement planétaire transformé dans The Young Pope en scène machiavélique, avec un Pie XIII imbu de lui-même, vitupérant, cassant, autoritaire et caractériel, d’après Pèlerin magazine… Mais quelle est la véritable place de l’Eglise dans le monde ?

Dans la vision extravagante et sarcastique du réalisateur de la série The Young Pope / The New Pope vendue dans plus de 110 pays, il n’est nullement question de l’importance de l’Eglise catholique, qui se tient pourtant au chevet du monde. Au contraire, même, le réalisateur et scénariste italien Paolo Sorrentino a déclaré « Il est illusoire de croire que l’Eglise a pris le chemin de l’ouverture et des bras tendus ». Qu’en est-il, en réalité, des bras ouverts de l’Eglise envers des millions de personnes, alors que pas plus tard que dimanche dernier par exemple, le pape François lui-même recevait des milliers de personnes sans domicile fixe au Vatican ? Deux auteurs, Austen Ivereigh et Natalia Trouiller, nous apportent ici une réponse à cette question, extraite de leur livre Comment répondre aux questions brûlantes sur l’Eglise sans refroidir l’ambiance

Un acteur mondial doté d’une vision mondiale

À l’heure actuelle, l’Église catholique compte 1,2 milliards de fidèles (17,5 % de la population), répartis sur tous les continents : 50% en Amérique du Nord et du Sud, un 25% en Europe, et le nombre de fidèles ne cesse d’augmenter en Afrique (16%), en Asie (11 %) et en Océanie (moins de 1 %). On compte plus de 5.000 évêques, environ 405.000 prêtres, 41.000 diacres mariés, 55.000 religieux et plus de 700.000 religieuses présents dans des centaines de pays.

L’Église catholique a la responsabilité de plus de 220 000 paroisses, 5 000 hôpitaux, 17 500 dispensaires et 15 000 maisons de retraite, ainsi que des dizaines de milliers d’écoles. Elle est certainement un des plus grands organismes d’aide au développement, si ce n’est le plus grand. Caritas Internationalis, une confédération de 165 organisations catholiques nationales à but caritatif, présente dans plus de 200 pays, basée à Rome et fondée il y a plus de soixante ans, estime son budget annuel à plus de 5 milliards de dollars. En Afrique, pour ne prendre que cet exemple, l’Eglise tient un quart des hôpitaux, et ses écoles reçoivent et instruisent environ 12 millions d’enfants chaque année. L’Eglise catholique soigne, éduque, forme et accompagne des millions de personnes à travers le monde entier. Il s’agit de l’acteur le plus important et le plus influent de la société civile mondiale.

Sa vraie richesse : son expertise en humanité

La richesse de son expérience et de sa sagesse, acquises par sa présence dans le monde, lui offre une véritable « expertise en humanité(1) », qui légitime ses prises de position morales à l’échelle internationale. L’Église catholique est le seul corps religieux à avoir une présence officielle aux Nations Unies, grâce à son statut d’Etat observateur.

C’est la seule religion à bénéficier d’un corps diplomatique (le plus ancien existant à ce jour). L’Église est un partenaire majeur des « Objectifs du millénaire pour le développement » (OMD), le plan d’action mondial des Nations Unies, et se bat sans relâche pour l’annulation de la dette et en faveur de multiples autres formes d’aide financière pour les pays en voie de développement.

A l’avant-garde de nombreuses causes

Le Vatican est le premier Etat du monde à avoir un bilan carbone neutre. Le pape François souhaite d’ailleurs que toute l’Église dans le monde entier suive cet exemple et fasse de la bonne administration de la création la plus importante de ses questions sociales.

Le Saint-Siège joue un rôle capital dans les négociations de désarmement et dans les traités sur le commerce des armes; il fait campagne contre la peine de mort, il négocie la libération d’otages et participe à la résolution de conflits. Il défend également des réformes destinées à mettre davantage l’économie au service de l’humanité.

En 2011, par exemple, le Conseil pontifical Justice et Paix a appelé à mettre en place de nouvelles structures mondiales capables de restreindre et de réguler les marchés financiers internationaux en vue du bien commun, en soutenant notamment l’idée d’une taxe sur les transactions financières.

Toutes ces initiatives pourraient être considérées comme progressistes, mais l’Église juge tout aussi progressiste son opposition aux lois favorables à l’avortement, au suicide assisté, au mariage pour les couples homosexuels, aux recherches sur les cellules souches embryonnaires, à la fécondation in vitro, à la gestation pour autrui et à la peine de mort que sa défense des migrants, des victimes des trafics humains et des personnes sans emploi.

La dignité des personnes avant tout

Le point commun de tous ces sujets est la défense de la dignité de la personne humaine, même si cette dignité n’est pas évidente pour la majeure partie de la société. Les droits et la dignité des bébés avortés, des enfants élevés dans un foyer homosexuel et privés d’un père ou d’une mère, des personnes âgées hospitalisées et des étrangers ne sont pas reconnus. Ils sont les victimes d’une « société du déchet », selon la puissante métaphore du pape François: « Malheureusement, ce ne sont pas seulement la nourriture ou les biens superflus qui sont objet de déchet, dit-il, mais souvent les êtres humains eux-mêmes, qui sont ‘jetés’ comme s’ils étaient des ‘choses non nécessaires’ (2) »

Le Saint-Siège, grâce à sa présence dans l’ensemble du monde et à l’attention qu’il porte à tous les hommes, a une position unique, qui lui permet de coordonner des réponses à des défis mondiaux tels que le trafic des êtres humains, le commerce des armes ou la peine de mort, que le pape François qualifie de méthode de punition « cruel(le), inhumain(e) et dégradant(e) », qui « ne rend pas justice aux victimes mais fomente la vengeance » (3).

Le Saint-Siège peut aussi apporter son aide à toutes les personnes exclues des structures traditionnelles qui protègent les plus vulnérables (comme les syndicats, par exemple). En octobre 2014, le pape François a prononcé un discours devant les participants la Rencontre mondiale des Mouvements populaires, afin d’appeler à la reconnaissance de leurs droits. Il est difficile d’imaginer n’importe quel autre dirigeant déclarer aux éboueurs, aux professionnels du recyclage, aux marchands ambulants, aux couturiers, aux pêcheurs, aux agriculteurs et aux autres travailleurs du secteur informel que « déjà à présent, chaque travailleur, qu’il appartienne ou non au système officiel du travail salarié, a droit à une rémunération digne, à la sécurité sociale et à une retraite, (…) je désire aujourd’hui unir ma voix à la leur et les accompagner dans la lutte. » (4)

Pour aller plus loin :

Notes :

  1. Selon les termes de Paul VI dans un discours aux Nations Unies, le 4 octobre 1965.
  2. Discours du Pape François au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 1 3 janvier 2014.
  3. Lettre au président de la Commission internationale contre la peine de mort, 20 mars 2015.
  4. Discours aux participants à la Rencontre mondiale des Mouvements populaires, 28 octobre 2014.

D’où vient la Cité du Vatican ?

Vue de la Cité du Vatican, dans The Young Pope (le bus est arrêté en pleine côte)

Dans la série The Young Pope et son Pie XII fantasmé, l’impasse est faite sur la fabuleuse histoire réelle de la Cité du Vatican. D’où nous vient-elle ? La réponse de Michèle Jarton, historienne des religions, dans son livre L‘épopée du catholicisme, pour expliquer 2000 ans d’Eglise à mes amis.

Pie XI (1922-1939) et Pie XII (1939-1958) s’efforcèrent, en temps que papes, de faire reconnaître et respecter la liberté et les droits de l’Eglise sur la scène publique, comme le moyen de sa mission spirituelle. Dans un monde politique qui s’internationalise, il n’est plus question pour les gouvernements d’accepter que Rome intervienne directement dans les affaires temporelles.
Les relations entre l’Église catholique et les autres États prennent un nouveau visage avec la création de l’État pontifical, le Saint-Siège : le souverain pontife devient aussi chef d’État. Le traité du Latran va donner à l’Église catholique des moyens adaptés à la vie internationale de ce nouveau siècle, tant pour faire fonctionner librement son gouvernement centralisé et son extension universelle (lire aussi notre article Le Vatican est-il une dictature ?), que pour établir un réseau diplomatique qui deviendra planétaire. Il confère aussi à l’autorité du Vatican la faculté de prendre place au sein des organisations internationales nées après la Première guerre mondiale et qui se multiplieront après la Seconde (le Saint-Siège aura un statut d’« observateur », en raison de la neutralité imposée par les Accords du Latran, art. 24). Ce cas est unique pour une confession religieuse.

La Cité du Vatican

plan-cite-du-vatican

La fameuse « question romaine » trouve sa conclusion dans les Accords du Latran entre le Saint-Siège et l’Italie. Le 11 février 1929, le cardinal Gasparri, secrétaire d’État (au nom du pape Pie XI) et Mussolini, premier ministre (au nom du roi Victor-Emmanuel III) signent un traité et une convention financière annexe. Ils créent un nouvel État de 0,44 km2, sur la scène internationale, la Cité du Vatican.

On lit dans le préambule : « Étant donné que, pour assurer au Saint-Siège l’indépendance absolue et visible, il faut lui garantir une souverain indiscutable, même dans le domaine international, on s’est rendu compte qu’il était nécessaire de constituer… la Cité du Vatican, reconnaissant au Saint-Siège, sur cette même Cité, la pleine propriété, la puissance exclusive et absolue et la juridiction souveraine ».
Au regard du droit international, c’est le « Saint-Siège » (et l’« Église catholique ») qui a une personnalité juridique. Il est représenté par le pape qui exerce lui-même une double souveraineté territoriale (sur un État de 44 ha) et spirituelle (sur 1 milliard de fidèles). On distinguera donc l’action du Saint-Siège en tant qu’entité de la Cité du Vatican et en tant qu’entité de l’Eglise catholique (lire aussi notre article Saint-Siège et Vatican, c’est pareil ?).
Une convention financière stipule qu’à titre de dédommagements pour la perte de ses anciens États (les fameux Etats pontificaux) et de ses biens ecclésiastiques, le Saint-Siège recevrait de l’Italie 750 millions de lires et des titres à 5 % d’une valeur nominale de 1 milliard.
A l’occasion de la signatures des Accords du Latran, Pie XI affirme :

« Il nous plaît de voir le domaine foncier réduit à de si minimes proportions qu’il puisse et doive être lui-même considéré comme spiritualisé par l’immense, sublime et vraiment divine puissance spirituelle qu’il est destiné à soutenir et servir ».

Le pape va entreprendre de transformer cet ensemble de palais et musées en un lieu de gouvernement. Il construit une petite gare, une poste, un magasin d’approvisionnement, un service hospitalier… Seuls sont logés dans le minuscule périmètre du Vatican, le pape, la secrétairerie d’État, plusieurs services, collèges et musées. Les autres organismes, dont les Congrégations (ou ministères) sont situés à Rome, dans des bâtiments qui bénéficient du privilège de l’extraterritorialité, avec exemption d’expropriation (Annexe II, du traité du Latran).

Jésus fait-il de la politique ?

L'élection du présomptueux pape Pie XIII, dans la série The Young Pope : à l'inverse de celle du pape François.
L’élection du présomptueux pape Pie XIII, dans la série The Young Pope / The New Pope : à l’inverse de celle du pape François, qui, lui, s’était incliné et avait demandé la bénédiction du peuple de Dieu.

Dans The Young Pope / The New Pope, le vicaire du Christ, Pie XIII, fait de la politique de bas étage. Mais au fait, Jésus, lui, fait-il de la politique ? La réponse du Père Henri-Dominique Lacordaire, dominicain, un des précurseurs du catholicisme moderne, dans son fabuleux livre Qui est Jésus-Christ ?qui nous fait entrer dans l’intimité de Jésus.

Jésus-Christ voulait être reconnu comme Dieu, aimé comme Dieu, servi comme Dieu, adoré comme Dieu : il semble que la volonté dût quelquefois fléchir sous un si lourd fardeau, et que du moins Jésus-Christ devait recourir à tous les moyens humains capables d’assurer le succès d’une aussi gigantesque ambition (et y compris la politique, ndlr). Il n’en est rien, Jésus-Christ a méprisé tous les moyens humains, ou plutôt il s’en est abstenu.

La politique compte au premier rang de ces moyens. Elle est l’art de saisir dans un moment donné la tendance des esprits, d’assembler des opinions et des intérêts qui recherchent satisfaction, de pressentir ce que veut un peuple sans qu’il en ait toujours lui-même une conscience exacte, de se poser, à l’aide des circonstances, comme son représentant naturel, et de le pousser un jour sur une pente qui nous emportera
avec lui pour cinquante ans. Telle est la politique, art illustre, dont on peut user pour le bien et pour le mal, et qui est la source des vicissitudes heureuses et malheureuses parmi les nations.

Jésus-Christ était admirablement placé pour se faire l’instrument d’une révolution qui eût servi ses desseins religieux. Le peuple dont il était issu avait perdu, sous le joug des Romains, les restes de son antique nationalité. La haine de Rome y était au comble, et chaque jour les déserts et les montagnes de la Judée voyaient se former des bandes libératrices, sous le commandement de quelque patriote pourvu de hardiesse ou de considérations (voir aussi notre site La Résurrection du Christ).

Ces mouvements étaient secondés par des prophéties célèbres, qui avaient annoncé de longue main au peuple juif un chef et un sauveur. Le rapport de ces idées et de ces intérêts avec le nouveau royaume dont Jésus-Christ annonçait la venue prochaine, était manifeste.

Cependant, loin d’y conniver et de s’en servir, Il les foule aux pieds. On lui demande, pour le sonder, s’il faut payer le tribut à César, il se fait apporter une pièce de monnaie, et s’informant de qui en est l’image et l’inscription, il répond ensuite froidement :

« Rendez donc à César ce qui est à César; et à Dieu ce qui est à Dieu. » (c’est cela, la laïcité, ndlr).

Il va plus loin. Il annonce la ruine temporelle de sa nation. Il parle contre le temple, objet de la vénération
religieuse et patriotique des Juifs, et il prédit ouvertement qu’il n’en restera pas pierre sur pierre, ce qui fut cause qu’on rangea ce grief parmi les accusations portées contre lui devant la souveraine magistrature.

Sa doctrine, très favorable au peuple et aux petits, était de nature à lui concilier une grande popularité, ce qui est un ressort admirable pour les révolutions. Il obtint, en effet, l’ascendant sur le peuple, jusque là qu’on veut l’élire pour roi d’Israël, mais il s’enfuit pour éviter cet honneur, et brise entre ses mains une arme que le vulgaire des grands hommes eût estimée un don et un aveu du Ciel.

Conclusion :  Jésus s’est passé de la politique.

  • Pour aller plus loin : se procurer le livre Qui est Jésus-Christ ? sur Amazon.

Les démons existent-ils vraiment ?

The Young Pope - Pie XIII

Dans la saison 1 de The Young Pope / The New Pope, ce pseudo-thaumaturge (photo ci-dessus) atteint des stigmates prétend voir la Sainte Vierge d’une façon très *particulière* ; il en réalité possédé du démon…

Pie XIII serait un “pape anti-christ” qui renie la foi de l’Eglise en Jésus-Christ, sauveur de l’humanité (résumée en cette parole de l’Evangile selon Saint Jean : «  Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle »). Ainsi certains des protagonistes de la série semblent parfois possédés, comme ce pseudo-thaumaturge hystérique atteint de stigmates prétendant voir la Sainte Vierge… Mais alors, les démons existent ? La réponse du Père Jean-Régis Fropo, tirée (et librement adaptée) du livre 90 questions à un exorciste, publié en 2012.

Après avoir lu l’Évangile – et étudié un peu la théologie – nous devons reconnaître que, même s’il ne tombe pas directement sous nos sens, le monde invisible des démons existe réellement.

Dieu a donné l’existence à diverses espèces de créatures : le cosmos matériel, les être vivants, végétaux et animaux, et enfin l’homme « fait à son image » (La Bible, Genèse 1,27) à la fois corps et esprit, et qu’Il a établi ce dernier comme souverain de toute la Création. Mais Dieu a également fait des créatures purement spirituelles et invisibles à nos yeux de chair : les anges, probablement créés avant le cosmos.

Ils nous ressemblent car ils ont une intelligence et une volonté libre comme nous ; ils sont capables, comme nous aussi, de connaître et d’aimer en esprit.  « La perfection de l’univers, écrit Saint Thomas d’Aquin, exige qu’il y ait des créatures spirituelles. »

Dans le crédo proclamé à chaque messe, les catholiques redisent que Dieu est aussi… « créateur du monde visible et invisible ».

Les démons sont des créatures angéliques, des esprits purs, immortels et incorruptibles. Ils ont été créés naturellement bons (car Dieu ne crée rien de mauvais en soi, ndlr). C’est justement en refusant radicalement et irrévocablement Dieu et son Règne d’amour, qu’ils sont devenus mauvais.

Ils sont doués d’intelligence et de volonté libre et sont tous d’espèce différente. Il leur est possible de communiquer en eux. La société des démons est hiérarchisée : ils ne sont pas tous égaux et semblent avoir chacun une spécialité : impurs menteurs, jaloux… (enfin tout ce dont l’âme humaine peut être tourmentée, ndlr).

 

 

Mieux encore, les démons ont une connaissance des réalités matérielles et de chaque objet en sa singularité. Ils ont certes une vision  de l’avenir, mais très partielle. Par exemple, ils ne voient pas le futur au sens où on le dit de Dieu qui sait tout de toute éternité, mais ils l’appréhendent par les causes, par conjecture. Il est vrai qu’ils connaissent les causes plus parfaitement et universellement que nous.

Satan en effet ne supporte pas que les hommes aient accès à l’éternité bienheureuse promise par Dieu et que lui-même a perdue(1) ; aussi agit-il parmi les hommes ; il cherche à les entraîner dans sa révolte… mortifère.

Les démons n’ont pas directement accès à nos pensées les plus intimes : seul Dieu les connaît. Cependant, par nos paroles, nos gestes, les expressions du visage et du corps, l’intime de nos cœurs peut être en partie découvert. Les anges et les démons peuvent ainsi percevoir avec une grande pénétration ces effets extérieurs, en déduire une part de nos pensées, et ensuite agir en conséquence… pour nous tenter ?

  • Pour aller plus loin : se procurer le livre 90 questions à un exorciste via Amazon.

(1) Cf. Catéchisme de l’Église catholique (CEC), n° 391 à 395.

Peut-on prouver l’existence de Dieu ?

Ludivine Sagnier - Jude Law - The Young Pope

Dans The Young Pope, Esther (Ludivine Sagnier, photo ci-dessus) est une très *trop* fervente catholique ; le pape Pie XIII (Jude Law) lui affirme à son confesseur ne pas croire en Dieu, en fait…

Dans la série The Young Pope / The New Pope, le pape Pie XIII déclare au cours d’un discours que ce sera désormais aux non-croyants de prouver que Dieu n’existe pas. A l’inverse, peut-on prouver l’existence de Dieu ? La réponse de Paul Clavier, philosophe normalien, tirée de son livre 100 questions sur Dieu (Editions Artège). Accrochez vos ceintures !

Supposons que Dieu ait donné aux humains la faculté de découvrir son existence par la raison. Quelles pourraient être les preuves de l’existence de Dieu? Assurément pas des preuves au sens où l’entendent les sciences formelles (logique et mathématiques) ou naturelles (physique, chimie, biologie, etc.) puisque Dieu n’est pas, en principe, une structure mathématique ou un objet physico-chimique.

Mais peut-être que sur la base d’une définition de Dieu, on en arriverait à conclure que, nécessairement, il existe ! C’est le scoop qu’a lancé il y a dix siècles Anselme de Cantorbéry et qui a été rendu célèbre sous le nom d’« argument ontologique » (dont on reparlera, si vous le souhaitez, ndlr).

D’autres « preuves » sont envisageables, non plus sous la forme d’une déduction nécessaire,mais sous la forme d’une recherche de la cause ultime de l’univers, un peu comme on rechercherait l’auteur d’un crime (et que crime !) ou celui d’une œuvre d’art. On peut également se demander dans quelle mesure l’hypothèse Dieu explique de manière satisfaisante telle ou telle donnée, par exemple le fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien. On est alors en pleine métaphysique.

Une vénérable tradition définissait ces « preuves » comme des voies ou des chemins, sur lesquels on peut s’arrêter, hésiter ou repartir de plus belle. Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, en a proposé cinq.

La première part du phénomène du mouvement et plus généralement du changement dans le monde. À la suite d’Aristote, Thomas pensait qu’on pouvait remonter à un premier « moteur » réalisation des mouvements que nous constatons.

La deuxième voie s’intéressait à la production des réalités par voie causale et suggérait de remonter à une première cause incausée.

La troisième stipule que tout ce qui existe est contingent, c’est-à-dire aurait pu ne pas exister, et qu’il faut bien qu’un être nécessaire soit responsable de l’existence de ces êtres contingents.

La quatrième considère que, en toute chose, il y a des degrés de vérité, de bonté, d’être, et qu’il doit exister un degré maximum de vérité, de bonté et d’être : un être suprême.

La cinquième voie invite à considérer que l’univers est gouverné selon un certain ordre, et qu’il est donc raisonnable de poser un organisateur de l’ensemble. Là, au moins, Voltaire est d’accord avec Thomas :
« L’univers m’embarrasse et je ne puis songer / Que cette horloge marche et n’ait point d’horloger. »

Pour sa part, Gandhi affirmait : « Bien que Dieu transcende toute réalité sensible, il est, jusqu’à un certain point, possible par la raison de savoir qu’Il existe. »