L’Eglise est-elle une secte qui a réussi ?

Pour certains, l’assimilation de l’Église à une secte est une erreur grossière ; pour d’autres, au contraire, l’équivalence s’impose. Dans la première saison de The Young Pope / The New Pope, vu les comportements du pape Pie XIII, on se le demande sérieusement, notamment pour les interférences entre ses confessions et son gouvernement de l’Eglise… Alors, l’Église serait-elle une secte qui a réussi ? La réponse du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules – qui a voté au précédent conclave, mais pas pour Pie XIII – extraite du livre 100 questions sur l’Eglise dirigé par Emmanuel Pisani.  

Emmanuel Pisani : L’Eglise propose-t-elle une définition du mot secte ?

Cardinal Philippe Barbarin : C’est un mot piégé car il a une connotation extrêmement négative. Si on l’identifie à des critères objectifs comme la capacité à pouvoir disposer de son temps, de son corps ou de son argent, alors on risque fort de conclure que les religieux qui font vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance sont manifestement entrés dans une secte.
À mes yeux, ces critères sociologiques ne sont donc pas suffisants. Ils ne sont pas assez affinés car ils ne tiennent pas compte des motivations spirituelles qui déterminent le choix des jeunes dans l’accomplissement de leur vocation.
En s’appuyant sur des critères uniquement sociologiques, on méconnaît la puissance de la charité, d’un amour de feu capable d’aller jusqu’à la folie. Lorsqu’un homme dit à sa femme : « Tout ce que je suis est à toi; mon corps est à toi, mon argent est à toi. Tout mon amour, tout mon cœur, je te les donne, nous faisons une seule chair, parce que Dieu nous a unis », peut-on en conclure que leur mariage est vécu comme une aliénation ? Si ce mariage est vécu dans la ligne de ce qu’enseigne l’Évangile, comme une offrande d’amour et un acte de Dieu en eux, il n’est pas question d’« aliénation » mais de don de soi à l’autre.
Il faut bien voir que c’est la même logique d’amour et de don de soi qui est à l’œuvre lorsqu’une jeune femme ou un jeune homme désire consacrer leur vie à Dieu.

E.P. : Du point de vue étymologique, le mot secte vient du latin secare qui signifie « couper ». En ce sens, il est vrai que le christianisme « s’est coupé » du judaïsme. N’est-il pas alors une secte juive ?

P.B. : À l’époque de Jésus, certains juifs ont reconnu en lui le Messie qui devait venir. D’autres ont vu en lui un imposteur. Il s’en est suivi une cassure et la naissance d’un groupuscule que l’on a nommé les Nazoréens (cf. La Bible, Actes des Apôtres, 24, 5 et 14). Toute la question est de savoir pourquoi ce groupuscule a réussi. Or il a réussi parce que ses membres avaient un dynamisme, un panache ou plutôt un charisme extraordinaire. Saint Paul, malgré sa fragilité, avait une énergie et une foi à déplacer les montagnes. Relisons l’argumentation de Garnaliel dans le livre des Actes des Apôtres. Le contexte historique est celui de la condamnation des disciples de Jésus, mais Garnaliel avertit les membres du Sanhédrin (Assemblée législative traditionnelle d’Israël et son tribunal suprême, ndlr.) :

« Hommes d’Israël, faites bien attention à la décision que vous allez prendre à l’égard de ces hommes. Il y a quelque temps, on a vu surgir Theudas. Il prétendait être quelqu’un et quatre cents hommes environ s’étaient ralliés à lui. Il a été tué et tous ses partisans ont été mis en déroute et réduits à rien. Après lui, (…) on a vu surgir Judas le Galiléen qui a entraîné derrière lui une foule de gens. Il a péri, lui aussi, et tous ses partisans ont été dispersés. Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis, ne vous occupez plus de ces gens-là, laissez-les. Car si leur intention ou leur action vient des hommes, elle tombera » (Actes 5, 35-38).

Au fond, maintenant que Jésus est mort, il va de soi que l’action de ses disciples va perdre en intensité, elle va s’essoufler d’elle—même. Et Gamaliel énonce l’argument décisif à ses yeux :

« Si leur action vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu » (verset 39).

Quand on se demande si l’Église est une secte qui a réussi, il faut s’interroger sur ce verbe réussir : dans la bouche de Gamaliel, qui n’est pas très courageux mais cependant inspiré par la foi, « une secte qui a réussi », c’est un groupe qui a commencé comme ceux de Theudas ou de Judas le Galiléen, mais qui a fini par durer, franchir les obstacles. Il y a dans cette réussite une expression de la volonté de Dieu.

Pour Gamaliel, les événements parlent deux-mêmes, ils disent a posteriori que l’Église n’est pas une secte. Puisque l’annonce de Jésus comme Messie, Maître et Sauveur s’est répandue dans le monde entier, il est une conséquence qui s’impose à nous : cette communauté est voulue par Dieu.

Le cardinal Voiello (Silvio Orlando) dans The Young Pope
Le cardinal Voiello (Silvio Orlando) dans The Young Pope / The New Pope : l’homme cet homme fait-il partie de la mafia-secte vaticanesque ?

E.P.: Lorsque l’on parle de secte, on imagine non loin un gourou qui exerce un pouvoir psychologique fort et qui manipule les adeptes du groupe. Vous nous parliez du panache de Saint Paul. Le panache de Jésus qui attire à sa suite les douze apôtres n’est-il pas une forme de magnétisme qui peut rappeler celui des gourous ?

P.B.: Il est sûr que Jésus avait un impact psychologique sur ceux qui le côtoyaient. Il était fascinant, il attirait à lui les foules et les interpellait :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau » (Evangile de Matthieu, 11, 28)

L’aura et le rayonnement de Jésus sont indéniables même s’ils ne suffisent pas à rendre compte de son oeuvre. Aujourd’hui, si l’on assistait à une scène comme celle de l’Evangile de Jean 7, 37: « Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi!” », on l’accuserait de manipuler les foules.

Et pourtant, ce serait un peu rapide ! Bien d’autres hommes ont un charisme extraordinaire, par exemple des hommes politiques ou des artistes, sans être pour autant considérés comme des gourous. Rappelez—vous : quand vous étiez élève ou étudiant, vous avez été fasciné par certains professeurs qui vous ont réconcilié avec leur discipline ou peut-être même vous ont passionné pour elle. Je crois que le charisme qui apporte la lumière à une intelligence et la joie à un cœur n’a rien de mauvais. Toute la question est de savoir si l’on fait bon usage de ce charisme. Est-on en train d’assujettir une personne, de mettre la main sur elle pour se l’approprier ? Ou au contraire, l’aide-t-on à trouver le chemin de sa liberté, à se mettre dans la main de Dieu pour déployer toutes ses richesses ? Regardez saint Bernard entraînant ses amis et plusieurs membres de sa propre famille dans la générosité de sa vocation: son but était de les mettre tous dans la main de Dieu. La grande difficulté pour les chrétiens, lorsqu’ils veulent dialoguer avec la société civile, c’est que celle-ci pratique une analyse des fonctionnements sociaux ou psychologiques en faisant abstraction de toute dimension spirituelle.

E.P.: Certes, mais cet argument pourrait aussi être tenu par Gilbert Bourdin, le fondateur de la secte du Mandaron, ou encore Claude Vaurillon, le fondateur du mouvement des Raëliens!

P.B.: On doit mentionner ici le rôle de l’Église. Les fondateurs ne sont pas seuls, sans régulation. Il y a les évêques, et le pape, successeur de Pierre (— même si, bon, dans The Young Pope, on ne confierait pas à Pie XIII un tel discernement… -ndlr). Ainsi, lorsque saint François, que nous qualifierions aujourd’hui de charismatique, entraîne de jeunes frères derrière lui, obéissant à l’Église, il va rencontrer le pape Innocent III et se soumet à son jugement. Cela signifie que l’Église exerce un discernement. Par exemple, une « boule de feu » comme sainte Thérèse d’Avila devra attendre près de vingt ans avant de pouvoir réformer le Carmel, parce que tout le monde était contre elle. Convaincue qu’elle avait reçu un appel de Dieu, elle a dû en retarder la réalisation et faire preuve de patience. Il est clair qu’elle a exercé l’influence de ce que l’on appellerait aujourd’hui un gourou, mais elle est toujours restée dans l’obéissance à une norme qui était au-dessus d’elle. Tel n’est pas le cas, par exemple, du Mandaron, ni de Raël, ni de Moon, qui sont, pour eux—mêmes, la norme suprême.

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Jésus fait-il de la politique ?

L'élection du présomptueux pape Pie XIII, dans la série The Young Pope : à l'inverse de celle du pape François.
L’élection du présomptueux pape Pie XIII, dans la série The Young Pope / The New Pope : à l’inverse de celle du pape François, qui, lui, s’était incliné et avait demandé la bénédiction du peuple de Dieu.

Dans The Young Pope / The New Pope, le vicaire du Christ, Pie XIII, fait de la politique de bas étage. Mais au fait, Jésus, lui, fait-il de la politique ? La réponse du Père Henri-Dominique Lacordaire, dominicain, un des précurseurs du catholicisme moderne, dans son fabuleux livre Qui est Jésus-Christ ?qui nous fait entrer dans l’intimité de Jésus.

Jésus-Christ voulait être reconnu comme Dieu, aimé comme Dieu, servi comme Dieu, adoré comme Dieu : il semble que la volonté dût quelquefois fléchir sous un si lourd fardeau, et que du moins Jésus-Christ devait recourir à tous les moyens humains capables d’assurer le succès d’une aussi gigantesque ambition (et y compris la politique, ndlr). Il n’en est rien, Jésus-Christ a méprisé tous les moyens humains, ou plutôt il s’en est abstenu.

La politique compte au premier rang de ces moyens. Elle est l’art de saisir dans un moment donné la tendance des esprits, d’assembler des opinions et des intérêts qui recherchent satisfaction, de pressentir ce que veut un peuple sans qu’il en ait toujours lui-même une conscience exacte, de se poser, à l’aide des circonstances, comme son représentant naturel, et de le pousser un jour sur une pente qui nous emportera
avec lui pour cinquante ans. Telle est la politique, art illustre, dont on peut user pour le bien et pour le mal, et qui est la source des vicissitudes heureuses et malheureuses parmi les nations.

Jésus-Christ était admirablement placé pour se faire l’instrument d’une révolution qui eût servi ses desseins religieux. Le peuple dont il était issu avait perdu, sous le joug des Romains, les restes de son antique nationalité. La haine de Rome y était au comble, et chaque jour les déserts et les montagnes de la Judée voyaient se former des bandes libératrices, sous le commandement de quelque patriote pourvu de hardiesse ou de considérations (voir aussi notre site La Résurrection du Christ).

Ces mouvements étaient secondés par des prophéties célèbres, qui avaient annoncé de longue main au peuple juif un chef et un sauveur. Le rapport de ces idées et de ces intérêts avec le nouveau royaume dont Jésus-Christ annonçait la venue prochaine, était manifeste.

Cependant, loin d’y conniver et de s’en servir, Il les foule aux pieds. On lui demande, pour le sonder, s’il faut payer le tribut à César, il se fait apporter une pièce de monnaie, et s’informant de qui en est l’image et l’inscription, il répond ensuite froidement :

« Rendez donc à César ce qui est à César; et à Dieu ce qui est à Dieu. » (c’est cela, la laïcité, ndlr).

Il va plus loin. Il annonce la ruine temporelle de sa nation. Il parle contre le temple, objet de la vénération
religieuse et patriotique des Juifs, et il prédit ouvertement qu’il n’en restera pas pierre sur pierre, ce qui fut cause qu’on rangea ce grief parmi les accusations portées contre lui devant la souveraine magistrature.

Sa doctrine, très favorable au peuple et aux petits, était de nature à lui concilier une grande popularité, ce qui est un ressort admirable pour les révolutions. Il obtint, en effet, l’ascendant sur le peuple, jusque là qu’on veut l’élire pour roi d’Israël, mais il s’enfuit pour éviter cet honneur, et brise entre ses mains une arme que le vulgaire des grands hommes eût estimée un don et un aveu du Ciel.

Conclusion :  Jésus s’est passé de la politique.

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Les démons existent-ils vraiment ?

The Young Pope - Pie XIII

Dans la saison 1 de The Young Pope / The New Pope, ce pseudo-thaumaturge (photo ci-dessus) atteint des stigmates prétend voir la Sainte Vierge d’une façon très *particulière* ; il en réalité possédé du démon…

Pie XIII serait un “pape anti-christ” qui renie la foi de l’Eglise en Jésus-Christ, sauveur de l’humanité (résumée en cette parole de l’Evangile selon Saint Jean : «  Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle »). Ainsi certains des protagonistes de la série semblent parfois possédés, comme ce pseudo-thaumaturge hystérique atteint de stigmates prétendant voir la Sainte Vierge… Mais alors, les démons existent ? La réponse du Père Jean-Régis Fropo, tirée (et librement adaptée) du livre 90 questions à un exorciste, publié en 2012.

Après avoir lu l’Évangile – et étudié un peu la théologie – nous devons reconnaître que, même s’il ne tombe pas directement sous nos sens, le monde invisible des démons existe réellement.

Dieu a donné l’existence à diverses espèces de créatures : le cosmos matériel, les être vivants, végétaux et animaux, et enfin l’homme « fait à son image » (La Bible, Genèse 1,27) à la fois corps et esprit, et qu’Il a établi ce dernier comme souverain de toute la Création. Mais Dieu a également fait des créatures purement spirituelles et invisibles à nos yeux de chair : les anges, probablement créés avant le cosmos.

Ils nous ressemblent car ils ont une intelligence et une volonté libre comme nous ; ils sont capables, comme nous aussi, de connaître et d’aimer en esprit.  « La perfection de l’univers, écrit Saint Thomas d’Aquin, exige qu’il y ait des créatures spirituelles. »

Dans le crédo proclamé à chaque messe, les catholiques redisent que Dieu est aussi… « créateur du monde visible et invisible ».

Les démons sont des créatures angéliques, des esprits purs, immortels et incorruptibles. Ils ont été créés naturellement bons (car Dieu ne crée rien de mauvais en soi, ndlr). C’est justement en refusant radicalement et irrévocablement Dieu et son Règne d’amour, qu’ils sont devenus mauvais.

Ils sont doués d’intelligence et de volonté libre et sont tous d’espèce différente. Il leur est possible de communiquer en eux. La société des démons est hiérarchisée : ils ne sont pas tous égaux et semblent avoir chacun une spécialité : impurs menteurs, jaloux… (enfin tout ce dont l’âme humaine peut être tourmentée, ndlr).

 

 

Mieux encore, les démons ont une connaissance des réalités matérielles et de chaque objet en sa singularité. Ils ont certes une vision  de l’avenir, mais très partielle. Par exemple, ils ne voient pas le futur au sens où on le dit de Dieu qui sait tout de toute éternité, mais ils l’appréhendent par les causes, par conjecture. Il est vrai qu’ils connaissent les causes plus parfaitement et universellement que nous.

Satan en effet ne supporte pas que les hommes aient accès à l’éternité bienheureuse promise par Dieu et que lui-même a perdue(1) ; aussi agit-il parmi les hommes ; il cherche à les entraîner dans sa révolte… mortifère.

Les démons n’ont pas directement accès à nos pensées les plus intimes : seul Dieu les connaît. Cependant, par nos paroles, nos gestes, les expressions du visage et du corps, l’intime de nos cœurs peut être en partie découvert. Les anges et les démons peuvent ainsi percevoir avec une grande pénétration ces effets extérieurs, en déduire une part de nos pensées, et ensuite agir en conséquence… pour nous tenter ?

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(1) Cf. Catéchisme de l’Église catholique (CEC), n° 391 à 395.

Peut-on prouver l’existence de Dieu ?

Ludivine Sagnier - Jude Law - The Young Pope

Dans The Young Pope, Esther (Ludivine Sagnier, photo ci-dessus) est une très *trop* fervente catholique ; le pape Pie XIII (Jude Law) lui affirme à son confesseur ne pas croire en Dieu, en fait…

Dans la série The Young Pope / The New Pope, le pape Pie XIII déclare au cours d’un discours que ce sera désormais aux non-croyants de prouver que Dieu n’existe pas. A l’inverse, peut-on prouver l’existence de Dieu ? La réponse de Paul Clavier, philosophe normalien, tirée de son livre 100 questions sur Dieu (Editions Artège). Accrochez vos ceintures !

Supposons que Dieu ait donné aux humains la faculté de découvrir son existence par la raison. Quelles pourraient être les preuves de l’existence de Dieu? Assurément pas des preuves au sens où l’entendent les sciences formelles (logique et mathématiques) ou naturelles (physique, chimie, biologie, etc.) puisque Dieu n’est pas, en principe, une structure mathématique ou un objet physico-chimique.

Mais peut-être que sur la base d’une définition de Dieu, on en arriverait à conclure que, nécessairement, il existe ! C’est le scoop qu’a lancé il y a dix siècles Anselme de Cantorbéry et qui a été rendu célèbre sous le nom d’« argument ontologique » (dont on reparlera, si vous le souhaitez, ndlr).

D’autres « preuves » sont envisageables, non plus sous la forme d’une déduction nécessaire,mais sous la forme d’une recherche de la cause ultime de l’univers, un peu comme on rechercherait l’auteur d’un crime (et que crime !) ou celui d’une œuvre d’art. On peut également se demander dans quelle mesure l’hypothèse Dieu explique de manière satisfaisante telle ou telle donnée, par exemple le fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien. On est alors en pleine métaphysique.

Une vénérable tradition définissait ces « preuves » comme des voies ou des chemins, sur lesquels on peut s’arrêter, hésiter ou repartir de plus belle. Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, en a proposé cinq.

La première part du phénomène du mouvement et plus généralement du changement dans le monde. À la suite d’Aristote, Thomas pensait qu’on pouvait remonter à un premier « moteur » réalisation des mouvements que nous constatons.

La deuxième voie s’intéressait à la production des réalités par voie causale et suggérait de remonter à une première cause incausée.

La troisième stipule que tout ce qui existe est contingent, c’est-à-dire aurait pu ne pas exister, et qu’il faut bien qu’un être nécessaire soit responsable de l’existence de ces êtres contingents.

La quatrième considère que, en toute chose, il y a des degrés de vérité, de bonté, d’être, et qu’il doit exister un degré maximum de vérité, de bonté et d’être : un être suprême.

La cinquième voie invite à considérer que l’univers est gouverné selon un certain ordre, et qu’il est donc raisonnable de poser un organisateur de l’ensemble. Là, au moins, Voltaire est d’accord avec Thomas :
« L’univers m’embarrasse et je ne puis songer / Que cette horloge marche et n’ait point d’horloger. »

Pour sa part, Gandhi affirmait : « Bien que Dieu transcende toute réalité sensible, il est, jusqu’à un certain point, possible par la raison de savoir qu’Il existe. »

Dieu aime-t-il le sexe ?

La nouvelle responsable communication du Saint-Siège (jouée par Cécile de France, photo ci-dessus) sera-t-elle la future conquête du pape Pie XIII, étant la seule à lui tenir tête ?

Dans la série The Young Pope / The New Pope, l’idée que de Dieu puisse aimer le sexe semble définitivement rejetée… même si bien sûr, certains des protagonistes en sont obsédés ! Mais alors, qu’en est-il réellement, dans la réalité vraie ? La réponse du philosophe Paul Clavier, normalien, auteur du livre 100 questions sur Dieu.

Si l’on se place dans la perspective d’un Dieu Créateur du ciel et de la Terre, créant librement l’être humain à son image et à sa ressemblance, on devrait arriver logiquement à la conclusion que Dieu aime le sexe.

Non pas au sens où Dieu serait un adepte des relations sexuelles, que lui apporteraient-elles ? Mais au sens où il n’y a pas, de sa part, réprobation de l’activité sexuelle. Dans la Bible, le Livre de la Sagesse (chapitre 11) insiste : « Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie. » 

La faute au péché originel ?

Une étrange habitude de pensée voudrait que la faute originelle soit liée à l’acte sexuel. Cette interprétation du livre de la Genèse, au début de la Bible, est évidemment tendancieuse. Calvin, pasteur emblématique de la Réforme protestante, la traitait de « fantaisie froide et sotte », et pourtant Calvin n’était pas un boute-en-train sexuel. Que la sexualité humaine soit un lieu où l’égoïsme, la violence, l’orgueil, la perversité trouvent à s’exercer, on le constate tous les jours. Mais rien, a priori, ne condamne l’activité sexuelle à être du côté obscur de la force (!). Le sexe n’est pas plus maudit que le travail, l’art, la politique, le sport. Si Dieu a créé l’homme à son image, et si « homme et femme, il les créa », alors c’est que quelque part, la vie sexuelle exprime quelque chose de l’amour de Dieu. Mais peut-être pas dans toutes les positions ni dans tous les cas de figure !

Pourquoi avoir peur de se confesser ?

Pie XIII sort du confessionnal - The Young Pope

Dans la première saison de la série The Young Pope / The New Pope, on voit le Pie XIII sortir du confessionnal  (photo ci-dessus). Admirez l’éclairage de la Bible et du crucifix : comme dans un musée ! Alors se confesser, est-ce si poussiéreux ?

Dans cette série, la confession semble être davantage un outil du pouvoir vaticanesque qu’autre chose. Dans ces conditions, on comprend que cela ne donne pas envie au téléspectateur d’aller rencontrer un prêtre. Peut-être, d’ailleurs, que certains d’entre eux ont tout simplement peur d’aller se confesser… Or faut-il en avoir peur ? La réponse du Père Jean Legrez, tirée du chapitre « Dieu pardonne-t-il ? » tirée (et librement adaptée) du livre 100 questions sur l’Eglise (Editions Artège).

Dans un de ses fameux Sermons, Marcel Pagnol écrit à propos de la confession: « Et pourquoi avez-vous peur de la confession ? Il y en a beaucoup que c’est par vanité. Ils ont peur d’avouer à un autre homme toutes les fautes qu’ils ont commises, et ils s’imaginent que je vais prendre des notes dans ma tête, et que si je les rencontre dans la rue, je vais les regarder d’un air malicieux, en pensant à leur confession. Mais, mes pauvres enfants, si un prêtre gardait dans sa mémoire tous les péchés qu’on lui confie, il lui pousserait une tête comme une coucourde ! En réalité, ce n’est pas moi qui vous écoute, moi, ça renne par une oreille, ça sort par l’autre pour aller jusqu’aux pieds du Bon Dieu. »

Pourquoi cette appréhension de la confession ? Qu’est-ce qui fait obstacle à cette démarche d’aller voir un prêtre pour se confesser ?

Je crois que c’est essentiellement la perte du sens du péché (cette coupure d’avec Dieu, ndlr). Il y a probablement plusieurs raisons. Il y a sans-doute eu au XIXe siècle et jusqu’à la deuxième guerre mondiale, un excès de moralisme, de rigorisme, de légalisme, hérité du jansénisme, qui était (malheureusement) courant dans l’éducation chrétienne, et qui a finalement produit chez beaucoup de fidèles un phénomène de culpabilisation extrêmement désagréable. Certaines personnes en sont devenues malades et ont développé un tempérament scrupuleux ou malheureux. Il s’en est suivi que le sacrement de la réconciliation était très mal vécu. Lorsque j’ai été ordonné prêtre, il y a un peu plus de 25 ans, je me souviens très bien — nous étions dans la période où les sciences humaines, la psychologie en particulier, étaient très à la mode — alors que je préparais des enfants à la première communion, des parents me disaient: « Surtout, ne leur parlez pas du sacrement de la réconciliation et de la pénitence. La confession est quelque chose d’épouvantable, et même de dangereux. » Je devais prendre beaucoup précautions pour expliquer à ces parents que recevoir le pardon de Dieu est source d’une joie qui apporterait un bonheur profond à leurs enfants.

Ainsi, on ne peut pas nier qu’un certain moralisme a fait beaucoup de dégâts. On avait oublié que le Dieu de Jésus-Christ est amour et non pas un Dieu gendarme, un Dieu père fouettard, un justicier implacable… (comme le Dieu du pseudo pape Pie XIII, ndlr). La religieuse Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus est en grande partie responsable de la sortie de cette sinistre impasse ! (Sinistre, comme dans la série The Young Pope ? – ndlr). Bref…

Donc la confession, au final est sensée vous apporter beaucoup de joie, précisément celle des retrouvailles !

Alors, maintenant que vous êtes briefé, chiche d’aller vous confesser à un prêtre ? Qu’est-ce qui vous retient, maintenant, de vous réconcilier avec Dieu ? Lâchez un com’ ! 😉