Souverains poncifs (l’avis de Famille chrétienne sur The Young Pope)

The_Young_Pope-PieXIIIAlors que The Young Pope débarque sur HBO Canada, nous publions enfin l’avis de l’hebdomadaire catholique Famille chrétienne.

Retour sur The Young Pope, la série choc qui brosse une représentation captieuse, fallacieuse de l’Église.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Canal+ ne s’est pas empressé de nous communiquer les épisodes (envoyés au compte—gouttes alors que la diffusion touche à sa fin) de sa série culte. Les premiers seront les derniers. Famille chrétienne livre donc in extremis ses impressions sur une production qui lui était a priori toute destinée. La chaîne cryptée a eu du pif : cette saga satirique sur l’Église catholique écope d’un triangle, la peine maximale dans notre échelle de cotation, que ni les rares idées conformes à l’enseignement de l’Église, ni la qualité de la réalisation, ni la somptuosité des décors ou le prestigieux casting loués par les critiques ne parviennent à contrebalancer.

Bienvenue au royaume de la caricature et de la provoc. Le Vatican ? C’est Dallas. Un univers impitoyable où fourmillent des cardinaux arrivistes, intrigants, aux mœurs peu reluisantes, et mal intentionnés à l’égard du jeune cardinal américain qu’ils viennent d’élire, certains de pouvoir le manipuler. Bien mal leur en prend. Car Pie XIII (Jude Law) a du caractère. Autoritaire, méprisant, un brin sadique et vaniteux, le « Saint-Père » tourne en rond clope au bec dans ses appartements, ruminant ses mauvais coups plus que ses futures encycliques.

Il prie peu ou de façon outrancière, répète à l’envi qu’il ne croit pas en Dieu, promet la pourpre cardinalice à qui violera le secret de la confession. Certes. le Vatican n’est pas un club de chérubins, mais enfin…

Au fil des épisodes, toutefois, son regard démoniaque s’adoucit, les scènes trash se raréfient. Tiare vissée sur la tête, « Sa Sainteté » n’hésite pas à fustiger l’individualisme de ses ouailles et à condamner l’avortement. Oui, car c’est le portrait d’un pape réac, soucieux de renouer avec les traditions de l’Église préconciliaire que le réalisateur Sorrentino dit avoir dressé.

Un pape incarnant « le germe d’un fondamentalisme catholique que nous excluons a priori, tout comme, il y a cinquante ans, nous aurions exclu le risque d’un fondamentalisme islamique ». Pas moins. Sorrentino, lanceur d’alerte, le Snowden de la catholicité. C’était donc ça ? Alors, disons que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Élisabeth Caillemer

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