Le pape sait-il ce que c’est que d’attendre le train un jour de grève ?

Esther Aubry (Ludivine Sagnier), les enfants, les religieuses, le pape...
Esther Aubry (Ludivine Sagnier), les enfants, le pape… attendent la livraison par hélicoptère du cercueil de la soeur d’une des religieuses du Vatican…  

Si Dieu ne prend pas le train,  il peut quand même se faire une idée assez précise de que c’est que d’attendre le train un jour de grève. Comme quelqu’un  de suspendu à son téléphone qui attend qu’on l’appelle pour avoir des nouvelles d’un être cher (vous!)…

Bon, disons-le clairement, nous n’avons pas eu de pape français depuis que le train existe. Cependant, on peut dire avec certitude qu’il n’y a pas seulement des grèves à la SNCF, mais aussi dans d’autres pays. Et que donc, le pape, quelque soit son origine, ne vivant pas dans sa tour d’ivoire vaticanesque depuis sa plus tendre enfance, mais ayant pu être tour à tour bébé, collégien, lycéen (voire même scout), étudiant, bref simple voyageur parmi les voyageurs, a dû bien connaître, un jour où l’autre, une pénible attente sur un quai de gare, les pieds poudreux, gelés, transi de froid ou même étouffé par la chaleur tropicale… que sais-je.

Mais pourquoi cette question, au juste ? Parce qu’il a de fortes chances pour que le pape, s’il est bel et bien, comme on le dit souvent, le représentant de Dieu sur Terre, à une vie imprégnée de ce que vit l’Eternel, donc y compris sur cette question de l’attente (et de la tente aussi, mais c’est un autre sujet). Qui nous dit que Dieu est éternel ? -me répondrez-vous. Et bien, reprenons notre question de départ en la planquant sur Dieu, ce qui donne « Dieu sait-il ce que c’est que d’attendre le train un jour de grève ? », inspirée du livre de Paul Clavier (*).

Pour y répondre, si Dieu n’est pas éternel, alors son éternité ne le fait pas échapper au temps. Du coup, Dieu est sempiternel ! Il a beau être le Créateur de toute existence qui vient après lui – même pour Jude Law – , il n’est alors pas le créateur du temps : il est soumis à ce dernier. Du coup, il vieillit, et on l’imagine alors, du haut de son dernier nuage, avec une barbe touffue qui pendouille… Image d’Epinal-en-France fort sympa ! Par extension, Dieu ne connaît alors pas l’avenir, il le découvre chaque jour, comme cette série The Young Pope de Canal+, qui le surprend beaucoup, au fil des épisodes. Et les prophètes du Père Eternel ne sont alors que des marionnettes dans un jeu de poker menteur ! Bref, un Dieu manipulateur et lunatique…

Pourtant, la plupart des textes sacrés (bibliques, védiques, coraniques), évoquent un Dieu plus ou moins patient, plus ou moins lent à la colère, capable de revenir sur ses décisions, de changer d’avis et même d’user de pédagogie envers ses disciples (contrairement à l’attitude maffioso-dictatoriale de Pie XIII dans The Young Pope).

On peut donc en conclure que si Dieu ne prend pas le train – en tout cas pas autrement que par ses médiateurs/évangélisateurs de TGV, cf l’histoire bien connue de Gros prêtre cool – il peut quand même se faire une idée assez précise de que c’est que d’attendre le train un jour de grève. Il a beau avoir tout son temps (il est immortel, en fait, sinon ce n’est pas Dieu), il sait ce que c’est d’attendre… notre bon vouloir.

On peut même rajouter que non seulement il sait attendre, mais qu’il est dans une posture d’attente perpétuelle, comme quelqu’un suspendu à son téléphone attend qu’on l’appelle pour avoir des nouvelles d’un être cher (vous). Et en réalité – ce qui manque cruellement à la série The Young Pope-, pour reprendre les mots de la réalisatrice Natalie Saracco : Dieu attend notre appel, il « quémande notre amour, il souffre de notre indifférence ».

En fait, pour reprendre ce que dit de notre philosophe Paul Clavier, Dieu n’est tellement pas hors du temps qu’il surplombe les siècles des siècles. Rien n’est caché à ses yeux : il est comme un réalisateur de cinéma qui aurait lui toute les scènes du film, et qui va procéder au montage. (Un peu comme Paolo Sorrentino, mais en plus inspiré quand-même). Cela semble relativiser et dévaloriser les notions de durée, d’attente, d’espoir, et même de regret(s) !

* 100 questions sur Dieu, éditions La Boétie 2013 (Paul Clavier est normalien, agrégé de philosophie) – se procurer le livre sur Amazon

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